Qu’une activité physique régulière favorise la santé, beaucoup le pensent. Des chercheurs de Clermont-Ferrand, dans le Puy-de-Dôme, conduisent un programme d’étude pour le démontrer scientifiquement.
C'est parti pour 20 minutes d'exercice, masque sur le visage pour enregistrer les variations de la respiration.
C’est parti pour 20 minutes d’exercice, masque sur le visage pour enregistrer les variations de la respiration. • © Cyrille Genet – FTV

Descendre du bus un arrêt plus tôt pour marcher un peu, remplacer des déplacements en voiture par un trajet en vélo ou même plus simplement faire un peu d’exercice physique chaque jour, autant d’exemples de petits gestes qui peuvent aider à se maintenir en bonne santé ou à limiter les effets du diabète, du surpoids ou de maladies du cœur. Depuis septembre 2020, l’Université Clermont Auvergne et Vichy Communauté ont créé le Vichy City Lab pour développer la recherche et l’innovation autour de l’activité physique.

Dans la salle d’expérimentation de l’UFR Staps sur le campus des Cézeaux à Clermont-Ferrand, les chercheurs utilisent toutes sortes d’appareils : des tapis de course, des vélos d’intérieur ou des machines à ramer et des capteurs “permettant de recueillir des informations d’aspect cardio respiratoire sur la dépense d’énergie pour, à la fin soit traiter les données brutes, soit faire un compte rendu aux patients sur leur état de condition physique” précise Gaël Ennequin, enseignant-chercheur UFR Staps en physiologie de l’exercice. Ils peuvent aussi, en équipant des personnes d’un accéléromètre porté à la ceinture et d’un inclinomètre appliqué sur la cuisse, mettre en évidence les différences d’activité entre les jours de la semaine et du week-end. “Ces petits appareils permettent de quantifier le mouvement des personnes, c’est-à-dire si on fait des activités physiques modérées ou très intenses telles que courir à 10-15 kilomètres heure” explique Terry Guirado doctorant à l’Université Clermont Auvergne et participant au programme I-site Cap 20-25.

Parmi les idées les plus surprenantes il y a cette expérience qui consiste à faire pédaler, à leur bureau, pendant 30 minutes chaque demi-journée une vingtaine d’agents de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie du Puy-de-Dôme et d’en mesurer les effets pendant plusieurs mois. Elle se pratique aussi dans une école primaire et dans un collège de Vichy où des vélos-bureaux ont été installés dans les classes, les enfants y pédalent à tour de rôle deux fois par semaine pendant que l’enseignant poursuit son cours. Les premiers résultats montrent que cela pourrait notamment renforcer la concentration des plus distraits. Mais le protocole sanitaire renforcé dans les écoles, qui interdit désormais les cours de gymnastique en intérieur, a porté un coup à l’expérimentation qui a été mise en pause en attendant une amélioration de la situation sanitaire ; ce que regrettent les enfants de la classe de CM2 de l’école Sévigné-Lafaye qui s’étaient montrés très appliqués pour effectuer leurs deux séances de 30 minutes de pédalage chaque semaine.

Bougeons-nous !

Voilà des indications qui éclairent les médecins en leur donnant des arguments pour convaincre leurs patients comme l’explique le professeur Martine Duclos, chef du service de médecine du sport au CHU Clermont-Ferrand qui dirige l’Observatoire National de l’Activité Physique et la Sédentarité : “Cela nous donne des bases scientifiques, c’est ce qu’on appelle la médecine basée sur les preuves scientifiques. Par exemple, quand on dit qu’il faut marcher 30 minutes par jour à un rythme modéré, ça repose sur des bases scientifiques qui nous ont montré l’effet de ces 30 minutes sur l’amélioration des capacités physiques en endurance, en force et c’est corrélé à une amélioration de la maladie, une diminution des récidives ou moins d’aggravation de la maladie. Oui bougeons nous, il n’est jamais trop tard et puis il faut se dire que un petit peu c’est déjà mieux que rien“.

De la recherche à la pratique quotidienne

Une fois les certitudes scientifique établies, il faut transmettre les connaissances. C’est le travail de Ludivine Paris, une chercheuse de l’UCA qui intervient dans des classes ou renseigne des entreprises dans le cadre du programme I-site à Vichy intégré au programme Cap 20-25. Son travail de médiation scientifique à Vichy dans l’Allier passe par l’usage de mots simples pour transposer dans la vie quotidienne les choses observées dans les laboratoires. “Je vais me baser sur ce qu’on a dans la littérature scientifique, dans les projets, dans ce qu’on trouve dans les laboratoires pour le transposer dans la vie quotidienne. La recherche a pour objectif de faire avancer les connaissances, de produire de nouveaux savoirs et à terme de faire avancer la santé de la population“, dit-elle.

La mobilité pour tous

Sur les berges de l’Allier, les promeneurs ne savent peut-être pas que les enseignements de ces recherches ont inspiré la rénovation des rives. La continuité des chemins permet aux joggeurs et aux cyclistes de parcourir des kilomètres sans rencontrer d’obstacles, des bancs disposés régulièrement permettent des pauses pour les enfants et les seniors, des agrès permettent de réaliser quelques exercices. Pour Evelyne Voitellier, adjointe au maire et conseillère déléguée à la santé à Vichy Communauté : “L’activité physique, c’est le maintien de la bonne santé, notre territoire fort de son passé thermal et sportif doit être une référence en termes de pleine santé. C’est pour cela que l’on développe ces aménagements. La mobilité, c’est le premier aspect de l’activité physique. Il ne faut pas que les gens aient l’impression d’être obligés de faire du sport mais que ce soit dans leur quotidien“.

Lancé en février 2020, le projet I-Site Cap 20-25 qui bénéficie d’un soutien financier de plus deux millions d’euros sur 3 ans dans le projet de City Lab veut ainsi s’attaquer à la sédentarité, un enjeu de société alors qu’on constate en France que 65% des femmes et 45% des hommes manquent d’activité physique, que près de 80% des enfants et des adolescents n’atteignent pas les recommandations d’activité physique évoquées par le Professeur Duclos. De quoi inquiéter l’Observatoire National de la Santé et de l’activité Physique qui a établi que le temps passé assis occupe 8 à 12 heures dans la journée d’un adulte.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

A Clermont-Ferrand, comment des chercheurs relient activité physique et meilleure santé