Le niveau de stress des femmes enceintes affecte négativement la pratique d’activités physiques, révèle une étude.

Photo: Getty Images

Il est bien connu que le stress a un impact sur les habitudes de vie des gens, notamment sur la sédentarité ou la pratique d’activités physiques, mais la question a été peu étudiée chez les femmes enceintes. Dans le cadre de son mémoire, Isabelle Sinclair (M.Sc. Kinanthropologie, 2019) a suivi une cohorte de 70 femmes de la région montréalaise durant leur grossesse afin d’étudier leur niveau de stress, leur alimentation, leur niveau d’activité physique ou de sédentarité, et la qualité de leur soutien social. Une partie de ses résultats a fait l’objet d’un article dans International Journal of Environmental Research and Public Health.

Tous les types de stress ne sont pas équivalents, affirme Isabelle Sinclair, qui poursuit actuellement ses études au doctorat interdisciplinaire en santé et société sous la direction de la professeure du Département des sciences de l’activité physique Kelsey Dancause. «Un stress chronique ou un stress très intense, par exemple, sont plus nocifs qu’un léger stress passager en raison des hormones secrétées, lesquelles peuvent avoir un impact sur une personne à long terme.»

La doctorante a rencontré les femmes enceintes à trois reprises durant son étude, soit entre 16 et 18 semaines de grossesse, entre 24 et 26 semaines, et entre 32 et 34 semaines. «Elles devaient porter un accéléromètre pendant trois jours afin que nous puissions évaluer leur nombre de pas quotidiens, le temps qu’elles passaient assises et la variabilité de leur fréquence cardiaque», précise Isabelle Sinclair. Lors de la première et de la dernière rencontre, une mèche de cheveux a été prélevée pour évaluer le taux de cortisol, une hormone secrétée par le stress. «Un centimètre de cheveux à partir de la racine nous révèle l’historique de stress du dernier mois», note la doctorante.

Différents questionnaires ont permis à la chercheuse d’évaluer les types de stress vécus par les participantes, à la fois sur une base quotidienne et de manière générale. Elles devaient, par exemple, répondre à des questions sur leur niveau de stress par rapport à la grossesse, à l’arrivée du bébé, à la prise de poids, etc. «Parmi les événements stressants, on retrouvait, entre autres, le deuil, les conflits avec le conjoint, le statut socoéconomique et le manque de soutien social», souligne Isabelle Sinclair. Étonnamment, pour un même niveau de stress, les impacts négatifs étaient plus importants chez les femmes immigrantes installées au pays depuis plus de cinq ans que chez les nouvelles arrivantes. «Cela s’explique sans doute par le fait que les nouveaux arrivants sont soutenus par le gouvernement durant leurs premiers mois au pays, contrairement aux immigrants de longue date qui n’ont peut-être pas un aussi bon soutien social», observe la doctorante.

Les bienfaits de l’activité physique

Les résultats indiquent que plus le niveau de stress est élevé, plus les femmes enceintes sont sédentaires et plus leur niveau d’activité physique est faible. «Ces résultats sont similaires à ceux de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes menée auprès de l’ensemble de la population par Statistique Canada», note Isabelle Sinclair.

Dès la première visite, entre 16 et 18 semaines de grossesse, la chercheuse a constaté que plus de 75 % des femmes n’atteignaient pas les 10 000 pas par jour recommandés par la santé publique. «Selon les plus récentes recommandations canadiennes, les femmes enceintes devraient faire au moins 150 minutes d’activité physique d’intensité moyenne par semaine, soit 30 minutes par jour, rappelle Isabelle Sinclair. Il ne s’agit pas de se lancer dans le crossfit si on n’en a jamais fait, mais plutôt de faire des activités connues ou de débuter par des activités plus douces.»

À titre de spécialiste, que conseillerait-elle à ces femmes? Vaut-il mieux agir sur leur niveau d’activité physique ou sur les sources de stress? «Il faut travailler sur la variable la plus facile selon chaque cas, explique Isabelle Sinclair. Il est souvent plus facile de suggérer d’augmenter le niveau d’activité physique en proposant, par exemple, d’intégrer la marche à une routine quotidienne. Et cela contribue bien souvent à diminuer le niveau de stress.»

Il reste plusieurs variables à analyser dans la poursuite de cette étude, notamment le taux de cortisol mesuré à partir des mèches de cheveux. «Le suivi de la cohorte se poursuit en intégrant les enfants, dont on évaluera l’évolution comportementale, motrice et cognitive jusqu’à l’âge de deux ans», précise la chercheuse.

Projet doctoral

Isabelle Sinclair travaille comme kinésiologue dans un Groupe de médecine familiale ainsi qu’au Centre de gestion des maladies chroniques de l’hôpital Notre-Dame, au sein du programme de modification des habitudes de vie. «Durant ma maîtrise, j’ai rencontré des femmes ayant développé un diabète gestationnel ou à risque. On leur a dit de bouger davantage et de mieux se nourrir, mais elles n’avaient pas suffisamment d’information. Elles ne savaient pas quels types d’activités privilégier ou quels aliments choisir. Mon projet doctoral vise la création d’un programme de prévention portant sur le diabète gestationnel en lien avec la modification des habitudes de vie, afin que ces femmes puissent être mieux outillées.»

vous pouvez retourver l’article :  ici

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Stress élevé, sédentarité prononcée