Plus de sport, moins de médicament
Illustration du sport-ordonnance

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Les députés ont dit « oui ! » au sport sur ordonnance. Une mesure qui permettra aux médecins de prescrire des activités physiques aux patients souffrant d’affections de longue durée et de combler le retard dans le développement des thérapeutiques non médicamenteuses.

 

Les médecins traitants pourront désormais prescrire des activités physiques adaptées aux patients atteints d’affections de longue durée (ALD) (1), conformément à la mesure dite « Sport sur ordonnance ». Cet amendement, déposé dans le cadre du projet de loi relatif à la modernisation du système de santé par Valérie Fourneyron, ex-ministre des Sports, et trois autres députés, a été voté le 27 novembre dernier. En France, plus de 9 millions de personnes souffrent d’ALD : diabète, accident vasculaire cérébral, maladie coronaire, cancer… Le principe : le patient se verra remettre une ordonnance qui lui permettra de rejoindre une structure labellisée où des professionnels spécialement formés l’aideront à pratiquer des exercices adaptés à sa pathologie.

 

Changer de regard

Chef de service de médecine du sport au CHU de Clermont-Ferrand, le Pr Martine Duclos a été un des précurseurs du dispositif Sport sur ordonnance, en le mettant en place en 2007 dans son service. Que change l’inscription du dispositif dans la loi ? «  Cette mesure est un socle qui va inciter les médecins à prescrire de l’activité physique à leurs patients. La reconnaissance par les pouvoirs publics de cette prise en charge non médicamenteuse va lui offrir une visibilité et permettre de lutter contre les idées fausses, comme celle, par exemple, selon laquelle l’exercice affaiblit le malade. » Ou celle de la seule efficacité des médicaments dans le traitement des maladies graves. Dès 2011, la Haute Autorité de santé (HAS) faisait pourtant le point sur les divers freins au développement des recommandations non médicamenteuses, pour conclure :« Sortir d’une prise en charge essentiellement centrée sur le médicament et de l’influence symbolique qu’il exerce constitue un enjeu de santé publique. » (2)

 

Changer de mode de vie, d’alimentation, pratiquer une activité sportive font partie des initiatives qui trouvent difficilement leur place dans la prise en charge médicale. Parmi les blocages identifiés par la HAS, la difficulté pour les malades à opérer des changements de comportement ou encore le manque d’adhésion des patients et des médecins. En matière d’activité physique, un premier pas vient donc d’être franchi.

 

Une efficacité démontrée

Dans plusieurs villes françaises, à Strasbourg ou à Biarritz, des professionnels de santé ont devancé les parlementaires, démontrant le rôle à la fois préventif et curatif de l’activité physique. Ainsi, elle préviendrait 25 à 30 % des cancers du sein, du côlon et de l’endomètre, et réduirait le risque de récidive de ces cancers de 40 % lorsque le patient commence une activité physique après le diagnostic. Dans le cadre du traitement du cancer du sein, les activités physiques adaptées contrebalancent la toxicité du traitement et la fatigue, permettent d’améliorer la résistance à la maladie et d’accroître de plus de 50 % l’espérance de survie.

 

A Blagnac (Haute-Garonne), la municipalité finance les frais matériels et d’encadrement, dont ont bénéficié une soixantaine de malades. « On ne va pas guérir du diabète, mais réduire les impacts de la maladie et la consommation de médicaments,explique le Dr François Lafon, médecin généraliste, qui a coordonné la conception du dispositif sur le plan médical mis en place en novembre 2013. Certains malades ont diminué la prise d’insuline, d’autres ont arrêté leur traitement contre l’hypertension. Les patients sont satisfaits de la pratique sportive, mais aussi du fait de rencontrer des personnes qui ont les mêmes problèmes qu’eux. C’est un excellent moyen d’éviter le repli et les phases de découragement. »

 

A l’hôpital Foch de Suresnes (Île-de-France), le sport fait partie, depuis 2015, du traitement avant chirurgie du cancer. Chef du service de médecine physique et réadaptation, le Dr Nicolas Barizien, médecin du sport, pilote l’expérimentation. Pour lui, l’inscription dans la loi est une avancée indispensable : « On a enfin l’outil pour que la prescription du sport relève du domaine de compétences des professionnels de santé. L’organisation de la formation des médecins va pouvoir être lancée. »Une perspective qui devrait bousculer les conceptions et la pratique de la prise en charge de la maladie.

         

                                           medoc vs basket      Véronique Danis (Tribune Santé)

http://www.prioritesantemutualiste.fr/psm/actualites-sante/2016/02/plus-de-sport-moins-de-medicament

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